Zack Snyder : la grammaire sacrifiée... au ralenti

Entre personnages réduits à des figures en marbre, Director’s Cuts interminables et pompages sans vergogne, retour sur ce qui sépare la simple illustration en kit du vrai cinéma de mise en scène à la Sergio Leone ou Tarantino.

Zack Snyder : la grammaire sacrifiée... au ralenti

Il y a deux écoles dans la vie. Ceux qui pensent que poser une caméra devant une scène de trois heures en 4K avec un filtre instagram sombre et un ralenti à 8000 images par seconde, c'est du grand cinéma. Et ceux qui ont déjà ouvert les yeux devant un film de Sergio Leone.

Snyder, c'est le triomphe de la forme sur le néant. C'est le mec qui te vend de l'opératique, du mythologique, de la figure christique à chaque plan — par contre, pour raconter une histoire ou diriger un acteur, il n'y a plus personne. Prenez ses monstres sacrés : Henry Cavill est figé en statue de marbre le regard vide, Gal Gadot pose en contre-plongée avec son riff de guitare électrique qui tourne en boucle, et Ben Affleck a l'air d'attendre la fin du tournage avec la lassitude d'un cadre moyen le vendredi à 17h. Chez Snyder, les comédiens ne jouent pas : ils servent de serre-livres à des effets numériques.

Et ne me lancez pas sur ses Director’s Cuts. Allonger un film pour approfondir une psychologie ou enrichir un récit, ça s'appelle de la générosité. Rallonger un projet de quatre heures pour ajouter du grain, des postures solennelles et des céréales coupées à la faux au ralenti — coucou Rebel Moon, magnifique travail de pompage sans vergogne de Star Wars et Kurosawa sans l'ombre d'une idée neuve —, c'est juste de l'autosatisfaction. Quand tout se veut épique, plus rien ne l'est.

À l'opposé, tu as la grammaire. La vraie.

Prends Le Bon, la Brute et le Truand ou Kill Bill. Chez Leone ou Tarantino, la caméra n'est pas un témoin passif qui enregistre une chorégraphie en studio. La caméra EST le récit. Quand Leone resserre son cadre depuis un champ panoramique jusqu'à la sueur dans l'œil d'un cow-boy sur fond de Morricone, il ne fait pas "joli" : il te colle des palpitations. La tension naît du découpage, de l'espace, du temps qu'on laisse respirer.

Même dans le cinéma de grand spectacle actuel, un James Gunn a compris la leçon : du mouvement fluide, des plans-séquences qui ont du sens, un rythme musical ancré dans le montage et une empathie réelle pour ses personnages. Pas besoin de figer l'image pour imposer une icône.

Bref, mon choix est fait. Snyder est sagement rangé au rayon des illustrateurs de storyboards trop payés. De mon côté, je retourne me nettoyer les rétines avec l'intégrale Star Wars en ordre chronologique. Juste pour le plaisir de revoir la lumière du soleil double de Tatooine et se rappeler ce qu'est un vrai choix de mise en scène.

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