Laissez-moi choisir mon cancer

Depuis l’envie affichée de bannir les pesticides des clôtures, en interdisant leur dispersion à moins de dix mètres (c’est ça ?) des habitations, on entend des agriculteurs (donc en particulier un Toulousain insupportable) se plaindre des millions d’hectares perdus… ce qui va entraîner la fin d’un nombre incalculable d’artisans terriens de France et de Navarre (mais en fait, c’est où la Navarre ?).

J’entendais donc un membre particulièrement éloquent de la FNSEA (ou FDSEA ou équivalent) qui pleurait la perte de surfaces cultivables… enfin plus précisément de ce qu’il est possible de polluer. Et d’ajouter que les habitants du village utilisaient aussi des pesticides chez eux en tuant des mouches ou en « allant chier » (sic) alors ils allaient devoir arrêter de se plaindre des gentils poisons vaporisés par un gros agriculteur rougeaud. Donc déjà : je compte bien choisir moi-même les pesticides qui causeront mon cancer. Je ne veux pas que ce soit M. et Mme Michu, agriculteurs orduriers des alentours de Toulouse, qui me les imposent. Sous quel prétexte pourrait-on admettre l’idée que des produits toxiques soient envoyés dans ma maison parce que parfois je bombe une mouche ou un moustique ? Et puis parlons toxicité… ce que j’envoie dans la tronche de « Madame Suceuse à six pattes » n’est probablement pas du même acabit (quantité, toxicité, récurrence…) que ce que les Michus me balancent que je le veuille ou non. Des études montrent que les agriculteurs se tuent à petit feu avec ces produits, et ils font le choix de l’argent plutôt que de la santé. Ce choix doit rester le leur. Considérant d’ailleurs que c’est un choix qu’ils ne devraient pas avoir, puisque les produits qu’ils vaporisent se trouvent ensuite dans notre assiette ou du moins sur les étalages de nos magasins (et dans les nappes phréatiques aussi).

Bref, si les agriculteurs souhaitent s’empoisonner, qu’ils le fasse chez eux, dans leur cave ou leur garage.