A la base, je ne raffole pas de la quenelle

quenelle

… mais tout est question d’accompagnement.

C’est un peu le problème de Dieudonné. Si sa quenelle n’était pas servie avec un ramassis de bas-du-front antisémites et/ou racistes, elle pourrait rester un geste anti-système comme un autre. Au passage, un geste anti-système, on en a déjà un : le doigt d’honneur, ou le bras d’honneur pour les plus expansifs… il a le mérite d’être clair et sans bavure. Du coup, la quenelle on n’en a pas vraiment besoin. Admettons tout de même qu’elle soit aussi légitime en tant qu’affirmation de l’opposition au “système”, et considérons la quenelle ainsi que l’humoriste qui en a fait son fond de commerce.

Dieudonné, j’étais fan quand il était avec Elie Semoun.  Je n’ai pas vraiment suivi sa carrière solo, et finalement c’est quand il s’est affiché avec des mécréants dont je ne citerai pas les noms que je me suis rendu compte qu’il avait encore une activité artistique (qui d’un coup m’a parue plus politique qu’artistique). Malgré ce que je pouvais lire, étant foncièrement attaché à la liberté d’expression, et adorant tout ce qui est du ressort du second degré, je n’avais jamais jeté gratuitement la pierre à Dieudonné. On a le droit de rire de tout, c’est ma conception de la chose. Alors allons-y pour rire de tout, et même si ce n’est pas possible avec tout le monde, cultivons la provocation et le cynisme si cela est fait avec intelligence, et qu’effectivement on peut considérer qu’il s’agit de second degré. Qu’est-ce que le second degré ? Difficile à définir… en tout cas son principal ressort tient du fait qu’il doit être identifiable. Il n’y a pas de second degré quand on ne perçoit pas qu’il s’agit d’humour. Malheureusement, dans ce cas précis, on a bien du mal à savoir si c’est encore du domaine de l’humour.

La “quenelle” a été dévoyée. Dieudonné aurait dû (devrait… mais c’est un peu tard) prendre ses distances si effectivement ce geste a été récupéré. S’il ne le fait pas, c’est qu’il cautionne, ou pire, qu’il partage les idées (idéaux) de certains extrémistes. Le gaillards a trop mis les bottes dans la fange, elles sont restées dedans, et lui avec (à cause de ses chevilles je pense). Il a atteint un point de non-retour que son discours anti-système ne cautionne pas. J’ai définitivement tiré un trait sur “Dieudonné humoriste”, je le considère maintenant comme un agitateur aux idées nauséabondes, et je vois mal comment il pourra se défaire de cette image… pas avec les copains qu’il se trimbale.