Les soldes… non ça va aller, merci.

Deux fois par an, c’est le grand rush. On parle même de multiplier les périodes de soldes dans l’année pour donner une impression de pouvoir d’achat aux Français.

Rappelons quand même que le principe des soldes, c’est de déstocker les anciennes gammes ou les produits invendables parce que déblistérés ou réparés. Le moyen légal mis à disposition du commerçant pour le faire est la suppression de la notion de seuil de revente à perte en dessous duquel il est interdit de vendre un produit en temps normal. Pour faire simple, un commerçant n’a pas le droit de vendre un produit moins cher qu’il ne l’a acheté, en dehors de ces deux douze semaines par an. Ceci étant la solution pour éviter une concurrence déloyale entre les “Grands” qui pourraient perdre de l’argent sur un produit donné pour faire un effet d’appel, et les “Petits” qui n’ont pas les reins assez solides pour se permettre de perdre de l’argent en vendant un bien.

Depuis quelques mois (années), on tape sur les distributeurs pour qu’ils baissent les prix. Des lois sont passées pour aller dans ce sens, imposant une baisse sur les produits les plus achetés par les français. Les prix ont donc baissé un temps, puis on a parlé de hausse du prix des matières premières et tout le bénéfice de cette baisse imposée en son temps a disparu. On tire sur la corde, demandant de plus en plus d’efforts aux distributeurs, dans un contexte de concurrence déjà présent, réduisant les marges de manière notables.

 

J’en vois s’agiter au fond… Oui les distributeurs font des bénéfices ! Rappelons quand même que le but de toute activité commerciale, est de faire du bénéfice. Les marges paient les employés, et permettent des investissements. Sans investissement, une entreprise va droit dans le mur. On a l’impression qu’une entreprise doit avoir honte de gagner de l’argent, comme si son activité devait être purement philanthropique… La bonne santé d’une entreprise pérennise l’emploi, c’est vrai la plupart du temps même si on peut opposer à cette phrase des exemples peu reluisants de “patrons voyous” ou d'”actionnaires gourmands”, toute règle souffre d’exceptions, ce n’est pas pour autant qu’il faut généraliser.

Arrêtons de faire croire aux français qu’il suffit de baisser le prix des yaourts pour que leur santé financière revienne au beau fixe. On accuse l’euro, mais le passage à la monnaie unique n’a pas provoqué de hausse des prix, c’est le contexte économique qui a joué. On note d’ailleurs une inflation moins forte en 2002 (passage à l’euro) qu’en 2001, et l’inflation est restée faible en 2003… Elle a augmenté ensuite, à cause d’autres facteurs économiques bien étrangers à l’Europe (lire ici).

Augmenter le nombre de périodes de soldes va conduire les distributeurs à vendre sans gagner d’argent. Je ne suis pas persuadé que cela les aide à augmenter le salaire des hôtes et hôtesses de caisses qu’on aime à soutenir les rares fois où elles font grève (mais qu’on traite comme des sous-employés quand on ne prend pas la peine de dire bonjour ou au revoir, les malotrus se reconnaîtront). Les soldes, c’est de l’anti-commerce. Vendre en perdant de l’argent est contre-nature, ça a un sens pour déstocker mais le but premier n’est pas de faire plaisir au client. Et pourtant il aime ça, acheter en période de soldes… Le client achète même un peu n’importe quoi en période de soldes, ne se souciant guère de l’utilité de son achat, de sa pertinence, et ne faisant absolument pas la différence entre “promotions” et “soldes”. L’impression de faire une bonne affaire masque la réalité et il en oublie toute prudence, et toute mesure. Est-ce qu’on veut que les achats ne se fassent plus que pendant les soldes ? Est-ce qu’un client achètera le jour J ou remettra son achat au mois suivant en sachant qu’il y a la 10è période de soldes un peu plus tard ?

Je veux qu’on garde deux périodes de soldes. Cette façon de vendre doit rester de l’exception. C’est important pour que le commerce garde son sens, et que les produits gardent leur valeur. N’oublions pas que cet argent va bien sûr au distributeur, mais pousser à la baisse des prix se répercutera aussi sur les fabricants, et à terme c’est ce qui poussera à la délocalisation. Acheter moins cher c’est inciter les entreprises à construire moins cher… donc ailleurs…